Comme l’explique Marion Kohler, chargée de recherche au CNRS, dans un entretien accordé aux DNA (voir numéro du mardi 26 juillet 2022), en Allemagne, les collectivités territoriales s’intéressent au stress thermique depuis les années 1970-80 pour l’aménagement urbain.

On parle de stress thermique lorsque le corps humain n’arrive plus à réguler sa température interne. Quand le système s’emballe, il y a excès de transpiration, déshydratation, fatigue des reins, maux de tête, hyperventilation… Si la température ne diminue pas, le système nerveux ne suit plus. Sans prise en charge rapide, cela peut être fatal.

En France, on s’intéresse surtout au confort thermique intérieur, notamment avec l’isolation des bâtiments, mais on découvre maintenant que les constructions s’échauffent et restituent l’énergie solaire absorbée sous forme de chaleur dans les rues.

De plus, les bâtiments agissent comme des obstacles à l’écoulement des vents et au brassage de l’air. Bref, la bétonisation réchauffe l’air. À l’inverse, la végétation concourt à rafraîchir l’air.

À Strasbourg, l’omniprésence du béton, du bitume et du macadam dans la ville, conjuguée à sa situation au fond d’une cuvette, rendent le problème particulièrement aigu. L’ADEUS (l’Agence de Développement et d’Urbanisme de l’Agglomération Strasbourgeoise) avait déjà étudié le phénomène des îlots de chaleur dans une note de novembre 2014.

Les images obtenues montrent que les surfaces imperméables jouent un rôle prépondérant dans l’intensité de l’iCU, alors qu’à l’inverse, les zones arborées et les surfaces en eau maintiennent des températures plus fraîches. Or, la température de surface contribue fortement au confort estival et à la température ressentie par l’individu. […] La différence de chaleur de surface entre une zone d’activités et une zone naturelle périphérique peut atteindre 17°C.

Même si, comme le relève l’ADEUS dans la note précitée, à l’échelle des communes, différents articles des règlements de zonage des PLU précisent les modalités d’insertion du végétal, du ratio de pleine terre, de l’usage des plantations existantes, cela demeure très nettement insuffisant.

Les Allemands prennent en compte ce phénomène de manière bien plus large et globale dans leurs documents d’urbanisme, par exemple pour préserver de l’urbanisation les corridors à vent allant de la périphérie vers les centres-villes.

La canicule qui s’installe dans nos climats nous conduit ainsi à repenser nos villes. À partir d’un certain seuil de densification urbaine, nos villes deviennent tout simplement invivables.